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Maeata Tuahuru
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• âge : 27
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• orientation : Tu as une belle gueule, un sourire chaleureux, un bel esprit et des courbes féminines à mon goût ? Alors tu es mon talon d'Achille.
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Mar 6 Nov - 17:31
Je penche ma tête en avant et regarde par la fenêtre côté passager en sifflant. Y’a pas à dire, c’est sacrément classe les studios d’Hollywood, même de l’extérieur ! Mon taxi doit détonner de ouf dans cette rue, mais je m’en moque royalement. Les gardiens peuvent gigoter d’une jambe à l’autre tant qu’ils veulent, je ne bougerai pas de là tant que je n’aurai pas réussi à avoir au moins un client. Attends, à force de lire des lignes et des lignes de texte toute la journée, les acteurs ont bien le droit d’avoir eux aussi le privilège de profiter d’une demi-heure de break dans le taxi du bonheur. Je ne vois pas pourquoi je le réserverais qu’au commun des mortels. Et puis, au pire, y’aura bien un fan rejeté qui n’aura pas la force de rentrer à pied après avoir vu son rêve être détruit en poussière. Alors, déterminée comme jamais, je sors de la voiture et me cale sur le coffre, le regard tourné vers le portail. Enfin, ça, c’était avant d’attendre pendant vingt minutes sans voir même une mouche passer. Sérieusement, ils dorment ici ou quoi ?! J’veux bien qu’ils fassent des grosses journées, voire soirées, mais on va pas me faire croire que c’est pour tous les tournages ! Bon, on inspire, on expire et on travaille la patience. C’est parfait ça, ça ne peut pas me faire de mal. Mais avant, un peu de courage sucré ! Je glisse sur le côté de la voiture, me faufile derrière pour récupérer un paquet sous le fauteuil conducteur et ressors avec un grand sourire aux lèvres. De quoi je me plaignais déjà ? De pouvoir profiter du coucher de soleil sur les studios tout en mangeant la meilleure nourriture au monde ? Ridicule ! Je me recale sur le coffre, les jambes en tailleur, le dos contre la vitre arrière. Après avoir ouvert mon sachet, je savoure un instant l’odeur des dragibus, puis j’en gobe un et pose ma tête en arrière. A peine quelques secondes passent et j’entends le portail s’ouvrir – moi j’vous dis, c’est la magie des dragibus. Il a beau avoir la classe, il faudrait peut-être qu’ils pensent à l’huiler de temps en temps. La déception suit bien vite mon espoir enchanté : une limousine aux vitres bien teintées attend pour sortir. Mais quelle idée de s’enfermer dans un endroit aussi sombre et lugubre, c’est pas comme ça qu’ils vont se détendre ces cons de célébrités. C’est pas étonnant qu’ils finissent tous en dépression ! Et en plus, il faut qu’elle s’arrête pour parler aux gardiens. Je suis pas stupide, je sais que c’est ma voiture passe-partout qui dérange. Et dire que l’armoire à glace qui se dirige vers moi pense qu’elle va me faire peur... Ça se voit qu’elle n’a jamais eu affaire à un maori face à un néo-zélandais blanc. Je cherche même pas à me redresser. Je ne compte pas bouger, alors quel intérêt ? « J’attends un client. Il devait finir sa scène il y a dix minutes, mais vous savez ce que c’est, un réalisateur pas content et c’est reparti pour trois heures. Un bonbon ? » Je tends le paquet vers le garde du corps avec un sourire. « Allez, circulez maintenant, on vous a déjà autorisée à rester assez longtemps comme ça. » « Vous voulez vraiment subir la colère de mon client ?! Si vous voulez hein, mais venez pas pleurer quand vous serez au chômage demain ! Ah, attendez, vous avez peut-être de la chance... » Je penche la tête sur le côté et regarde les portes s’ouvrir de nouveau. Pitié, quelqu’un à pied et qui veut bien monter dans une voiture normale !
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Lucrezia Carlile
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Dim 11 Nov - 0:49
« Chauffeur à la maison. » Sans aucune autre explication, tu t’engouffres dans le taxi et ferme la portière laissant les autres intervenants en finir avec leurs explications sur la présence du véhicule à cet endroit précis. Tu es essoufflée sans avoir couru et ton coeur tambourine tellement que tu crains qu’il ne trouve une porte invisible pour sortir de ta poitrine. Elle aurait eu cette impudence sans une hésitation, elle l’a eu plus d’une fois, “voler” un taxi devant le nez d’un client ahuri. Tu entends même sa voix te chuchoter : « Un de plus au compteur ». Tu as toujours trouvé cela complètement fou. Tu te retiens au siège pour ne pas aller t’excuser auprès de chacun.

Elle aurait adoré cette visite guidée des studios. Elle vous aurait écarté du groupe intentionnellement. Toi, tu as décroché uniquement parce que tu avais la tête ailleurs. Robotisée dans des gestes usuels, tel qu’acheter des fleurs pour ta femme décédée. Voilà trois heures que tu promènes le bouquet. Ils t’ont regardée de la tête aux pieds quand tu as intégré le groupe des visiteurs du studio de cinéma et le guide t’a bien spécifié que vous n’alliez pas approcher d’acteurs ou d’actrices d’assez près pour que tu leur offres des fleurs. Et toi, bêtement, tu as balbutié « C’est pour ma femme ». Ils t’ont regardée avec incrédulité. L’idée te traverse qu’ils ont fait exprès de t’abandonner durant la visite craignant que la bizarrerie soit contagieuse. Tu n’es pas touriste. A regarder de près ta situation, on peut dire que tu es SDF, même si tu fais du camping ou loue une chambre d’hôtel. Tu en as pris l’allure. Ton voyage de deux mois par monts et par vaux t’a marqué. Et maintenant, tu fais quoi ? Prendre un taxi qui ne t’est pas destiné parce que la scène que tu as observé durant les quelques secondes de l’ouverture du portail t’en a donné envie. Une grimace te fait reformuler la raison, tes pieds en ont assez de tourner en rond pour trouver la sortie des studios. Le bouquet aussi ! Tu es passée près d’eux, lunettes de soleil sur le nez, sans tourner la tête, uniquement la petite phrase qui a claqué dans l’air. Classe ! Classe comme une star qui aurait gardé sa tenue de scène poussiéreuse et usagée ! Avec des fleurs à la main ! Ça change tout.

Tu repères le regard de la “taxi driver” qui te cherche au travers de la vitre. Il te déstabilise. Tu baisses la tête. Tu t’attends à te faire incendier, expulser. Elle savait y faire mais toi, tu en es loin. Tu essaies de t’échapper mentalement avant que le cataclysme te tombe dessus. Tu te souviens du film... Taxi driver... Tu ne l’as jamais vu. Vous vous étiez promis de vous faire un marathon de films, tous ces titres mythiques dont vous ne connaissiez pas les images. Une promesse de plus non tenue. Tant de choses que vous ne ferez pas ensemble. C’est à toi maintenant d’ajouter des taxis à sa liste. La tâche est ardue et l’angoisse te paralyse sur place.
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Maeata Tuahuru
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Jeu 22 Nov - 16:55
Ouais, ils doivent définitivement faire quelque chose à propos de ce portail, il est d’une lenteur insupportable. En plus, il n’y a pas de voiture derrière, alors je n’ai aucune idée de qui peut se trouver derrière. Je glisse ma main dans mon paquet de bonbon et me contente d’en prendre qu’un seul. Je sens bien le regard du garde sur moi. Il n’a même pas pris la peine de se retourner. Pire, il n’a même pas accepté un dragibus bleu quoi ! Il doit avoir des soucis dans sa tête, je ne vois que ça. Enfin, je ne vais pas le lui signaler, il risquerait de mal le prendre. En plus, une silhouette fait son apparition dans mon champ de vision, une silhouette qui se dirige droit vers nous. Pas de démarche agressive, pas de regard menaçant, juste une personne qui semble vouloir prendre un taxi. « Vous voyez, je vous l’avais bien dit ! » Je ne me prive pas du ton qui va bien avec au passage. Je lui lance un grand sourire avant d’observer mon futur client. Ou cliente vu ses belles courbes qui se cachent derrière une tenue pas très valorisante et sa chevelure qui ne semble pas vouloir être domptée par son élastique. « Chauffeur à la maison. » Je fais la grimace quand je vois ses chaussures usées, ou du moins pas très bien entretenues, alors qu’elle rentre dans mon taxi. J’ai déjà assez subi les mendiants qui ont juste assez de tunes pour passer d’un quartier pourri à un autre quartier pour savoir que ce genre de chaussures laisse une odeur insupportable pendant plusieurs jours dans ma voiture. Sauf que je ne peux pas l’envoyer promener, pas quand elle vient de me donner une excellente excuse pour être restée autant de temps ici. Et puis, à sa façon de donner un ordre, elle ne peut pas être une mendiante. J’essaye de repérer son visage malgré les reflets de la vitre, juste histoire de savoir si je la reconnais pour l’avoir vu à la télé ou autre, mais elle baisse la tête trop vite. Non, mais ça doit être un rôle, c’est sûr, elle s’est juste pas changée ! Je rejette un coup d’œil au garde et lis aucune surprise dans son regard. Yep, pas d’inquiétude à avoir, ça a l’air normal dans le coin. « Allez, tchouss ! » Je lui fais un signe peace, me glisse à bas du coffre et me faufile derrière mon volant. Je ne cherche pas à parler avec ma cliente, j’ai pas envie de me faire griller, je démarre juste direct et descends la rue. Dès que j’ai pu tourner au bout de la rue, je cherche le regard de l’inconnue à travers le rétroviseur. Les lunettes de soleil n’aident pas vraiment, mais on va dire que c’est l’intention qui compte. « Merci pour le sauvetage, vous êtes arrivée pile au bon moment ! Un peu plus et il m’aurait mis la fourrière à dos. Sachant que ma voiture, c’est un peu mon outil de travail, ça n’aurait pas été cool… » Je lui fais un grand sourire, mais elle ne relève pas la tête immédiatement et un scooter me coupe la route assez violemment alors je me force à me concentrer pour gérer sa connerie et le carrefour dangereux qui suit. Ce n’est qu’après l’avoir passé que je me rends compte que je ne sais même pas où je vais. Et elle n’a pas l’air de vouloir le préciser non plus. Elle attendait peut-être un autre taxi, qu’elle avait réservé pour le coup. « Excusez-moi, est-ce que vous pourriez me repréciser où se trouve votre maison s’il vous plaît ? J’ai un petit trou de mémoire là comme ça. Ok j’avoue, je ne suis pas du tout votre chauffeur, je lui ai piqué sa place mais je suis encore plus pro que lui, vous verrez ! Donc, cette adresse ? »
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Lucrezia Carlile
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Jeu 29 Nov - 1:15
Ta portière ne s’est pas ouverte pour laisser passer un visage en colère, ni une main pour se poser sur ton épaule avec la ferme intention de te signifier que ton intrusion n’est pas de bon gout. La conductrice aux allures décontractées a abandonné sa position d’attente pour venir se caler derrière le volant. Le véhicule démarre et tu lâches un soupir discret. Tu ne sais pas si tu dois être fière de ton acte. Pour sûr, si ta femme te voit depuis l’au-delà, elle doit rire. Tu voudrais rire aussi. Partager cette effusion de bonheur, mais tu vas paraître bizarre si tu fais cela, seule, assise sur la banquette arrière. Rire ce serait étrange même cachée derrière tes lunettes de soleil. Deux cercles sombres, sont loin d’être une armure ou d’un kevlar. C’est mieux que rien, cela fait illusion. Cela masque un regard qui reste inquiet. A peine tourné dans une rue adjacente, tu entends la jeune femme te faire une remarque sur la situation où elle se trouvait. Ah ! En fait, tu n’as volé le taxi de personne. Loupé. Cependant, tu l’as sauvée d’un mauvais pas apparemment. Une bonne action, c’est bien aussi. « Ils sont si durs que cela ? La fourrière, alors que vous ne cherchiez qu’une course ? » Tu secoues légèrement la tête attristée par ce type de réaction. Tu as réussi à desserrer les dents pour émettre un avis. Tu progresses. Le mouvement brutal du taxi te fait lever la tête pour te rendre compte de ce qui se passe. Tu entrevois un scooter sans comprendre exactement le problème. Tu supposes pourtant que c’est lui le problème, rien d’autre ne pouvant l’être. Jusqu’à présent tout aller bien, jusqu’à cette question logique de la destination du taxi. Elle veut savoir où se trouve ta maison pour t’y conduire. Laramie dans le Wyoming. Avant oui, mais maintenant. Tu n’as plus de lieu où tu peux dire « ici c’est chez moi. » Un hôtel n’est qu’un lieu de passage. Si tu retournes dans cette chambre, tu vas passer le reste de la soirée à regarder le plafond, dans le bruit d’une télé qui agite ses images pour rien, en attendant que le sommeil vienne. Tu n’en as pas envie. Tu poses ta main sur les fleurs qui ont souffert de ta promenade dans les studios. « J’aurais besoin d’un vase pour les fleurs. » Vérité, mais tu as pensé tout haut sans donner réellement une destination. Tu n’en connais pas. Aucune idée de la position des magasins où on peut trouver un vase. « Je ne sais pas, où vous voulez. » Et puis les idées s’enchaînent sans que tu ne cibles quelque chose de précis. Tu satures sur les repas made in food-truck, made in fast-food, made in "pas à ta place au milieu de ces routiers qui te jaugent de la tête au pied pour savoir ce que tu pourrais leur faire dans leur cabine en tête à tête". « Un lieu aussi pour diner. Un lieu sympa, simple, tranquille, où on ne se sent pas seule même quand on est seule. Si vous voulez bien m’attendre le temps que j’achète le vase. » C’est la condition, parce que si elle te laisse devant le magasin et disparait dans la circulation, la question du restaurant ne se posera plus. Par respect pour la personne qui te conduit et pour la rassurer si elle en a besoin, tu enlèves tes lunettes de soleil et tu souris légèrement. « Je n’ai pas de chauffeur attitré, mais j’ai une carte bancaire. » De l’argent sur le compte, tu vis sur la vente de votre maison. Il en reste encore. Pas pour faire des folies, mais tu peux te permettre cette fantaisie aujourd’hui pour mettre un pansement sur ta solitude. Tu ne lui donnes pas d'ordre, tu demandes, et puis, elle doit se sentir dans ta voix, cette lassitude que tu traines.
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Maeata Tuahuru
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Mer 27 Fév - 9:55
Bien concentrée à éviter ce jeune stupide qui essaye de faire une course de vitesse avec son engin ridicule, ça ne m’empêche pas d’entendre ma cliente s’étonner d’un tel comportement de la part des gardiens d’Hollywood. J’crois même entendre un peu de compassion dans sa voix, même je peux pas vraiment la regarder pour vérifier, pas sans prendre le risque de shooter l’autre. Quoique, ça pourrait augmenter mon nombre de points ça, un débilos sur deux roues. Mais non, je vais pas effrayer la demoiselle alors qu’elle m’a sauvée d’un mauvais coup. Alors je me contente de hausser les épaules. « Bah, ils essayent de protéger les ‘Grands’ du cinéma, trop perchés dans leur monde de richesse pour accepter la beauté d’un taxi un peu original même si modeste. Et puis, ils ont l’impression d’avoir plus d’importance comme ça. Faut les plaindre eux, pas moi. » Pas de supérieur, pas besoin d’avoir leur approbation pour faire mon travail, c’est pas la belle vie ça ? Et, surtout, pas besoin de supporter les caprices d’un tel parce qu’il est plus important que moi. T’es pas content, alors sors de mon taxi et va voir ailleurs, je me plierai jamais devant toi ! La seule chose que je viens accepter comme indication, c’est l’adresse où tu dois te rendre, rien d’autre. En parlant de ça, il faudrait peut-être que j’avoue ma petite tricherie avant que la cliente me fasse un procès. Je le fais à la coolos, c’est ce qui marche le mieux et j’étais venue récupérer un acteur, je suis pas là pour faire leur job. Enfin, pendant trois secondes, je suis à la limite de le regretter face au silence qui accompagne mon aveu. J’ai beau préféré être moi-même, on sait jamais ce qui peut se passer avec les célébrités. Euh… Je ne les avais pas à moitié insultés juste avant ?! Adios ! « J’aurais besoin d’un vase pour les fleurs. » What ?! Si c’est une expression typique pour menacer, je connais pas moi. Et elle est suivie par une incitation à choisir moi-même en plus. J’ai beau aimé aller où l’envie m’amène, je vais pas passer ma journée à me déplacer dans la ville jusqu’à qu’elle dise stop et me retrouver avec une facture impayée parce que trop élevée. Nop, nop, j’aime pas ça du tout. J’ai presque limite envie de me garer là sur le côté et attendre une vraie indication avant de continuer, mais un pressentiment étrange me pousse à continuer et attendre la suite, qui ne tarde pas. Et j’oublie toute crainte en l’écoutant, elle a juste besoin du taxi du bonheur et de sa conductrice pour retrouver un peu de joie. « Je n’ai pas de chauffeur attitré, mais j’ai une carte bancaire. »  Je m’en moque complètement maintenant, je sais juste qu’elle n’est pas dans la meilleure des formes et qu’elle doit repartir avec un plus grand sourire, le reste est optionnel, je me débrouillerai. « Pas de soucis pour l’attente, j’ai aucun agenda à respecter ! C’est parti pour la première étape. » Je sais pas si elle recherche un vrai vase, mais ce n’est pas ce que j’ai en tête. En plus, l’enseigne que je veux est juste à côté, alors je ne vais pas me lancer dans une recherche google pour un truc classique, c’est pas mon style. Je me gare devant un magasin de farfouille et me tourne directement vers la demoiselle. « J’sais pas vous, mais je pense que ces fleurs ont besoin d’un récipient qui dégage la bonne humeur. Laissez-vous guider par vos envies, c’est ce qui vous donnera le plus beau vase pour vous. Enfin, vous faites comme vous voulez, mais, généralement, les gens sont contents de se laisser aller de temps en temps. » Je détache ma ceinture et sors de la voiture. Elle en fait de même, même si elle est moins énergique que moi. « J’vous suis, j’ai besoin d’un truc pour mon appart. Et comme ça, vous savez que je vous lâche pas dans le labyrinthe qu’est LA ! » Je lui fais un grand sourire en marchant à ses côtés. A peine entrée dans le magasin, je me dirige droit vers les récipients rigolos, lui faisant signe de me suivre. J’ouvre alors les bras pour désigner l’ensemble. « Et voilà, vous avez votre caserne d’alibaba pour vos fleurs ! »
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Lucrezia Carlile
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Jeu 28 Mar - 1:05
Tu t’es engouffrée dans ce taxi sur un coup de tête. Tu l’as joué super girl qui n’a peur de rien, toi qui est habituellement craintive d’un rien. Au final le hasard a bien fait les choses. La jeune femme qui t’emmène accepte l’errance dans laquelle tu es, sans destination réelle, avec des buts dérisoires, insignifiants, des trucs qui montrent que tu es vivante, mais pas vraiment d’avantage.

Elle semble ne pas apprécier les acteurs qui utilisent leur célébrité pour obtenir des passe-droits. Tu n’as pas côtoyé de personnes du showbiz, mais tu as vu à l’oeuvre des gens particulièrement riches quand tu exerçais ton métier d’architecte. Ces gens capables des plus grandes extravagances onéreuses qui exigent monts et merveilles et surtout que tu sois à leur pied comme un toutou bien sage et exhausse leur moindre caprice. Tu connais ce genre d’individus. Cependant, il ne faut pas généraliser, les gens fortunés ne sont pas tous des abrutis. D’ailleurs à partir de combien de zéro on estime qu’une personne est riche ? C’est toujours relatif. La pire cliente que tu aies eu fut la femme d’un avocat, aisée oui, mais pas milliardaire.

Le vase ! Ta demande tellement saugrenue ! Ta conductrice la prend en charge et te trouve le magasin qui pour elle est parfait. Comment dire que la forme en elle-même n’a aucune importance, elle dénotera de toute façon dans la chambre d’hôtel à la décoration absente. Elle s’arrête, elle descend de la voiture. Tu as peur un instant qu’elle vienne t’ouvrir la porte comme si tu étais un star. Non, elle t’attend sur le trottoir. Et toi ? Tu sais plus ce que tu dois faire, la suivre, partir en courant, emmener le bouquet ou le laisser là. Tu sais plus. Tu sais seulement qu’il faut que tu bouges. Tu la rejoints et vous vous retrouver à sillonner les allées du magasin jusqu’au rayon des vases.

La joie de vivre et la gentillesse de ta guide déclenche enfin un vrai sourire. Elle a trouvé le sezame qui te sort de ta déprime chronique qui te colle à la peau depuis des mois. « Merci, c’est... C’est exactement ce qu’il me fallait. » Sans dire si c’est de son geste ou du choix des articles du magasin. Tu ne te souviens plus de la couleur des fleurs, mais tu te rappelles de votre maison. Celui-là irait très bien dans le salon, cet autre dans la cuisine. Lui plairait sans conteste à ta femme. Cet autre ressemble comme deux gouttes d’eau à ceux qui sont sous le porche. Qui étaient ! Tu te tournes vers cette femme inconnue qui a dit ne pas vouloir te lâcher. Cette bienveillance mérite de l’honnêteté de ta part parce que vous vous êtes rencontrés sur un mensonge, ce “à la maison” n’existe pas. Tu n’as plus de maison. Tu grimaces un peu et tu te lances. « Je ne suis pas actrice. Je viens d’arriver à Los Angles. Je viens d’une petite ville du Wyoming. Ici tout est grand et c’est exactement cette sensation de labyrinthe. »
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Ven 12 Avr - 17:30
Là, un sourire, et plutôt grand en plus ! J’pourrais presque me dire que mon objectif quotidien est atteint et ma journée finie, mais nop nop, elle a encore besoin de moi la d’moiselle. Je vais peut-être changer d’avis d’ici quelques minutes si son caractère imprévisible d’actrice ressort et qu’il me correspond pas, mais je ne pourrais en vouloir qu’à moi-même à vouloir une célébrité en client. En attendant, rien ne m’empêche de regarder les différents objets disposés ça et là le temps de ses achats. Je vais pas la coller tout le temps non plus, elle va m’envoyer chier si je ne lui laisse pas un peu d’intimité. Bon faut juste que je fasse attention à ne pas faire des folies, ma coloc risque de pas trop apprécier si je rajoute d’autres trucs inutiles dans le salon. J’aurais peut-être dû venir avec une pote en fait, j’aurais réduit ma frustration en la faisant craquer elle tout en ne ramenant rien chez moi. Je range mes mains dans mes poches. Pas de main, pas de possibilité de toucher les articles autrement que par le regard, moins de risque d’achat compulsif. « Je ne suis pas actrice. » Je me tourne direct vers ma cliente, surprise. Comment ça, elle n’est pas actrice ? Et sa tenue alors, elle sort d’où ? Ok, elle ne m’a jamais pris de haut et elle était même étonnée du comportement des gardiens, mais l’explication de cette attitude est plutôt logique : elle est juste nouvelle dans le business. Mais elle ne peut pas ne pas être une actrice qu’a juste eu la flemme de se changer après sa longue journée, ça fonctionne pas dans ma tête sinon.

Je reste complètement bloquée à la fin de son explication, si on peut appeler ça comme ça. J’essaye de tisser un lien de cohérence avec sa façon d’être, son premier ordre, sa tenue, ses étonnements naïfs dans cette ville, mais y’a des trucs qui collent pas entre eux. Comment elle a pu entrer comme ça dans les studios ? Avec les idiots qui les gardent, c’est juste impossible. Et puis, même pour elle, ça doit pas être agréable de rester avec ces habits. Sauf si elle fait un tournage secret en mode réel… Je jette un coup d’œil discret à droite. Nop, rien. A gauche ? Non plus. Ou alors, la caméra est minuscule et cachée sur elle ? Qu'importe, je dois pas la trahir, c'est tout ce qui compte. « Wyoming, vache, ça fait un sacré bout de chemin ! Je suppose que vous n’avez pas eu le temps de vous poser avant d’aller aux studios, hein ? Les invitations sont tellement strictes, c’est hallucinant. » Je lève les yeux au ciel dans un air théâtral. Il faut bien jouer le jeu sans la trahir si elle veut réussir sa mission pour Hollywood. « Vous êtes venue pour quelques jours ou pour du plus long terme ? » Je vais faire ce que je peux pour lui donner des explications crédibles, mais autant éviter les détails bancals. Je me rapproche d’aller et regarde les vases disposés devant elle. J’ouvre la bouche pour lui demander des détails sur ses missions pour l’épisode et m’arrête au dernier moment : et si elle a un micro sur elle ? Fuck ! Tant pis, on va la jouer autrement. « Vous avez vu un vase qui pourrait vous plaire ? Si vous voulez, on peut faire un arrêt après pour que vous puissiez vous changer dans une tenue plus confortable. Vous devez en rêver après un long voyage et cette visite toute la journée, non ? »
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