L'art est le reflet de l'âme [Winnie]

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L'art est le reflet de l'âme [Winnie]
Mer 27 Juin - 9:59
Winnie & Henry

Il avait tant de peine dans son cœur et pourtant, il essayait d’aller mieux, de faire des efforts pour sourire, pour tenir une conversation sans laisser le chagrin l’envahir. Il s’habituait à vivre en sachant que plus jamais il n’entendra la jolie voix de sa sœur, son rire résonnant dans ces hauts-parleurs lorsqu’ils s’appelaient en visio, pour se voir, pour maintenir le lien qui les unissait avec Ophélie. Désormais, la rupture était arrivée avec son lot de drames. Il avait revu ses parents. Il lui avait dit au revoir. Il avait tenu fort la main de sa cadette. Pour ne défaillir. Pour se donner le courage et la force de se dire que les lendemains seraient si difficiles. Fort heureusement, il n’était pas seul. Ne voulant pas accabler les épaules frêles de sa sœur, Henry pouvait compter sur son amie intime, Eleanor ou bien son amie, Effie. C’était d’ailleurs par son biais qu’il se trouvait dans cette rue. Il hésitait encore tandis qu’il marchait d’un bon pas. Il ne savait pas trop si c’était le bon moment ou non. Est-ce qu’il y avait une date péremptoire sur le deuil ? Est-ce que c’était trop tôt ou trop tard ? Il ignorait cela. Henry avait subi le rejet mais jamais la mort. Et pourtant, elle l’avait frappée de plein fouet. Et il avait du mal à s’en remettre. Dans cette équation sordide, la culpabilité était l’aspect négatif de ce calcul. Il aurait pu aller mieux, il aurait pu se donner le courage d’affronter l’avenir, il aurait pu vivre pour la mémoire de sa sœur, se dire que ce n’était pas ce qu’elle aurait voulu. Les voir en train de pleurer. Oh non. C’était contraire à la façon d’être de Claire. Cependant, la culpabilité était trop forte. Ou qu’il aille, quoi qu’il fasse, Il avait l’impression d’être face à son visage déçu. Dans ses rêves, elle lui reprochait de l’avoir abandonné. Et c’était terrible. Il se réveillait en sueur, perdu dans cette chambre d’hôtel , ce lit bien trop immense pour l’être esseulé qu’il était devenu. Cet être vivant sans l’Autre. Celui ne répondant pas à ses supplications. A la longue, il finirait par s’habituer. Pour l’instant, ce silence le rendait tout simplement fout.

Alors sortir lui faisait du bien. Il se disait qu’aller voir la sœur d’Effie était une bonne idée. Cette dernière le lui avait vivement conseillé. Peut-être se rendait-elle compte qu’Henry avait, en réalité, terriblement besoin de se changer les idées, d’entrevoir un avenir dans cette situation coincée. Entre sa famille, sa sœur prise dans les tourments d’un mariage, Henry se devait d’exister, loin de ce qui était son univers depuis des années déjà. L’art de la photographie lui manquait. Il avait pris son appareil avec lui, parce qu’il ne s’en séparait jamais, même s’il n’avait pas le cœur à l’allumer. Aussi, rencontrer la sœur d’Effie lui avait paru être une bonne alternative. Un moyen d’entrevoir un peu de lumière dans cet avenir sombre. Aussi, ce matin-là, les idées lui paraissaient moins noires. Il y avait finalement un peu de bon en ce monde. Il s’était levé, préparé et habillé avant de sortir. Il n’aimait pas trop prendre son petit-déjeuner dans la salle de l’hôtel où il était. Il était toujours seul et c’était pesant. Viendrait un temps où il lui faudra aviser, mais pour l’instant, Henry vivait l’instant présent. Sans se prendre la tête. Sans se poser de questions dans un esprit déjà bien tourmenté. Il avait pris un café avant de s’engouffrer dans un taxi. Une fois l’adresse donnée, le français se laissa bercer par le ronronnement discret du véhicule ; la musique en fond sonore était apaisante et il réfléchissait à ce qu’il pouvait faire de sa vie par ici. Il savait juste que la sœur d’Effie travaillait dans une galerie d’art, qu’elle connaissait bien son travail. Ça lui faisait du bien cette venue. Ça le boostait, se disant qu’il était temps de reprendre du poil de la bête. Le taxi s’arrêta et après règlement, Henry sortit du véhicule, se dirigeant vers la galerie. Il entra, et constata qu’il y avait déjà quelqu’un. Souriant, il s’adresse poliment à elle « Bonjour, j’ai rendez-vous avec Mademoiselle Lynch. »
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L'art est le reflet de l'âme [Winnie]
Ven 6 Juil - 14:04
Je me sentais impatiente ce matin. J’avais rendez-vous avec un talentueux photographe encore peu connu du grand public et j’avais hâte de pouvoir l’entendre me parler de tous ses voyages, de toutes ces cultures qu’il avait côtoyées. Son discours, à n’en pas douter, allait être passionnant. J’avais hâte de pouvoir lui poser des questions sur sa passion pour la photographie aussi. Je pense lui proposer un petit pan de mur dans ma galerie. Non, en fait, j’en étais sûre. J’étais sûre de vouloir lui céder un pan de mur, un morceau de ma galerie pour qu’il puisse exposer ses œuvres. J’avais depuis longtemps déjà ajouté son site à mes favoris et j’y faisais régulièrement un tour pour voir les nouveautés ou même revoir toutes les photographies que j’avais déjà pu observer un millier de fois. Je les connaissais peut-être par cœur mais je parvenais toujours à trouver un détail nouveau, un nouvel effet de lumière ou bien un nouveau jeu de couleurs. C’était fascinant. Henry Chateaubriand me semblait fascinant. Et je ne remercierai jamais assez ma sœur Effy de m’avoir envoyé ce lien. C’était la plus belle des découvertes de mon mois. Ou peut-être même de l’année. Toujours est-il que ce rendez-vous me rendait un peu nerveuse aussi parce que je ne voulais pas que monsieur Chateaubriand me trouve trop bizarre ou ma demande déplacée. Je sais bien que les gens me trouvent étrange et que peu arrive à composer avec mon caractère lunaire. Généralement, ça m’est égal parce que je n’y fais pas attention mais je me devais d’être un peu plus sérieuse et terre à terre dans mon travail – quelque chose dont je n’avais pas l’habitude et avec lequel j’avais toujours beaucoup de mal.

Alors j’ai mis un peu d’ordre dans la galerie, ai sursauté à chaque fois que j’entendais la clochette de l’entrée tinter. J’ai fait les cent pas, réajusté chaque toile au moins trois fois. J’ai passé un coup de chiffon sur le bureau, trié mes stylos par couleur pour finalement les mélanger et les trier à nouveau. Alors quand la porte s’ouvre pour la énième fois et que je relève les yeux pour la énième fois, j’oblige mon cœur à ne pas battre d’impatience encore une fois. Mais je vois cet inconnu s’approcher de moi, un joli sourire courtois aux lèvres. Quand sa voix résonne dans la galerie, j’ai l’impression que résonne une douce mélodie. Sa voix ressemble étrangement à celle de Bob. Ou bien c’est moi qui me fais des idées. Parce que l’inconnu ne ressemble clairement pas à Bob. Il est trop roux, trop pâle pour être Bob. Et trop triste aussi. Sa douleur semble suppurer par tous les pores de sa peau et j’ai mal dans la poitrine. J’ai mal rien qu’à le regarder. « C’est elle ! je m’exclame dans un sursaut quand il prononce mon nom, le sourire brillant aux lèvres. Enfin, je veux dire… Je suis elle. C’est moi ! C’est moi, mademoiselle Lynch. » Je ris bêtement. Moi qui avais voulu ne pas paraître bizarre, je crois que c’était un peu raté. Après m’être raclé la gorge, un peu gênée, je lui tends la main. « Vous devez être Henry ? Votre blog est magnifique et vos photographies sont splendides ! Je suis une grande admiratrice de votre travail ! je m’emballe en secouant sans doute un peu trop fort sa main dans la mienne. C’est absolument époustouflant, merveilleux ! » Je crois qu’il n’y avait pas d’autre mot que merveilleux pour décrire ce que je ressentais chaque fois que j’observais ses photographies. Je voyageais à travers son blog. C’était comme ça que je pouvais découvrir le monde. À travers ses yeux. « Je vous fais visiter la galerie ? »

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Ven 17 Aoû - 22:29
Cette sortie lui faisait du bien. Il avait le cœur lourd mais l’esprit bien plus léger. La photographie avait toujours été sa bouée de sauvetage. Et durant toutes ces années, il s’était perfectionné, faisant de cette passion, sa raison de vivre, son gagne-pain de tous les jours. Il adorait ce qu’il faisait. Et fouler le sol de ces pays étrangers lui plaisait énormément. Désormais, la sensation de cet inconnu lui manquait. Il avait la bougeotte Henry, il restait difficilement en place, bien qu’il passait du temps avec sa sœur. Ils se promettaient parfois mille voyages à faire ensemble. La douleur de la perte de Claire était encore là, mais avec le temps, elle s’apprivoisait. Et puis, il voulait prendre le temps d’aimer l’endroit où il était. Los Angeles… Désarmante par son agitation perpétuelle, les habitants et ses bouchons constants. Il cherchait un endroit où se poser pleinement car s’il avait envie de bouger, il préférait, pour l’instant, rester pour Ophélie, pour trouver un peu de bonheur en ces lieux animés. Effy lui avait donc soufflé l’idée de venir dans cette galerie et lorsqu’il se présenta, il fut ravi de voir qu’il avait bien la sœur de son amie en face de lui. « Je suis content de vous rencontrer Winnie, vous permettez que je vous appelle ainsi ? Votre sœur m’a tant parlé de vous que j’ai l’impression de vous connaître depuis si longtemps… » La première fois qu’Effy lui avait parlé de sa sœur, ça remontait déjà à quelques temps. D’une part, parce qu’il était de coutume de parler de sa famille entre amis, et surtout parce que Winnie aimait l’art. Et puis ce lieu dans lequel, elle travaillait, il aimait tout autant. Vivre d’art, vivre de créativité, ils allaient très certainement bien s’entendre. D’autant plus qu’elle connaissait son travail et il en fut flatté, un sourire s’étalant sur ses lèvres tandis que ses lèvres prirent une teinte carmin. « Je suis ravi que vous aimiez mon travail. Pourtant, le paysage fait beaucoup… Presque quatre-vingt-dix pour cent du travail. » Dit-il sur un ton humble. Il avait toujours du mal avec les compliments, non pas qu’il ne les aimait pas. Mais parce qu’il avait toujours vécu en ayant l’impression de ne jamais satisfaire quiconque, que ce soit avec ses parents, comme avec Adam. Il avait du mal à contenter ses proches. Depuis son arrivée à Los Angeles, il avait le sentiment que ça changeait, comme si cette ville se révélait capable de le réconcilier avec l’humanité. Winnie lui proposa alors de lui faire visiter sa galerie. « Bien sûr ! J’adore flâner dans des galeries… Je peux m’arrêter devant une œuvre et la contempler pendant trente bonnes minutes. » Il se mit à rire et ajouta « Quand il a fallu visiter le Louvres, mon conjoint n’a pas cessé de râler… Nous sommes restés la journée entière. » Ils se mirent à marcher tranquillement, laissant à Henry le temps d’observer les œuvres qu’elle exposait. « C’est vraiment magnifique… Je veux dire pour un humain lambda… ça reste une peinture, une photo, une sculpture. Mais regardez-moi ce jeu de lumière… ces couleurs… C’est splendide. » Ils étaient devant un tableau aux couleurs chatoyantes. Il se tourna vers la propriétaire des lieux avec un sourire plus radieux, comme si en cet endroit, Henry se sentait renaître. « ça fait longtemps que vous avez ouvert cette galerie ? Effy ne m’a rien dit à ce sujet, pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir questionnée à votre sujet… »
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Mer 7 Nov - 21:14
Je sais que j’aurais dû me montrer plus professionnelle et plus calme. Plus posée. J’aurais dû donner l’impression d’être une véritable gérante plutôt qu’une fangirl devant son idole. Si Vincent avait été là, je suis certaine qu’il aurait secoué la tête d’un air désabusé en en souriant un peu avec dépit. S’il avait été là, il aurait pensé que je ne fais pas du tout le choses comme il faut. Et je sais qu’il aurait eu raison de penser ça. Sauf que je ne pouvais pas m’en empêcher. Je ne pouvais pas m’empêcher d’être heureuse, enjouée et surtout excitée de recevoir Henry Chateaubriand dans ma petite galerie. Son travail avait été un véritable coup de cœur pour moi et pouvoir l’exposer ici était devenu une obsession depuis. « Oh bien sûr, mes amis m’appellent tous Winnie ! Il n’y a pas de problème pour moi, je rétorque avec un grand sourire, la peau fourmillant sous mes vêtements. Je pourrais dire la même chose. J’ai visité votre blog tant de fois que je crois que vous pourriez demander une mesure d’éloignement contre mon ordinateur ! » Je pars dans un éclat de rire joyeux et léger, le laissant raisonner contre les murs décorés de mon petit univers d’artiste. Je ne me rends pas compte du sérieux de mes mots – pas parce que j’ai mis sa page internet dans mes favoris depuis ma toute première visite mais parce qu’il y avait des personnes qui se retrouvaient obligées de demander ces mesures parce qu’elles n’étaient plus en sécurité dans leur vie de tous les jours. Non, pour moi tout ça n’est qu’une plaisanterie bon enfant tandis que je l’emmène visiter la galerie, son bras autour du mien. « Oui mais il faut un œil expert pour savoir capturer LE moment où le paysage est le plus beau. » Un nouveau sourire flashé dans sa direction et j’observe son profil comme si j’avais voulu le graver dans ma mémoire. Comme si j’avais voulu l’imaginer en train de photographier toutes ses merveilles avant qu’il ne les expose sur la toile.

« Vous avez déjà visité le Louvres ? demandé-je, toute excitée. Bien sûr que vous l’avez déjà visité, que je suis bête. C’est évident ! » C’était un rêve pour moi, la seule idée de visiter le Louvre. De visiter le monde. J’aimerais tant découvrir toutes ces contrées encore inconnues et qui n’attendaient que mes yeux pour les dévorer. Mais j’étais coincée ici, dans une petite vie un peu routinière mais qui me plaisait. Je rêvais d’un peu plus, de beaucoup plus. Un jour, peut-être, Vincent m’emmènerait sur les routes. « Splendide, c’est le mot, je répète tandis que ses mots m’emplissent de joie et de contentement. » Sa façon de regarder la peinture, sa façon de l’observer et de la décrire. Ses mots. Sa personnalité toute entière m’enchantait. Henry était un garçon formidable. Et j’étais très impatiente de travailler à ses côtés. il allait me faire voyager, me faire découvrir tous ces coins du monde que je ne connaissais pas – pas encore. Je sentais mon cœur qui palpitait dans ma poitrine. Je sentais mon ventre qui tressautait. Toute ma peau fourmillait d’excitation. « Ça fait un peu plus de trois ans maintenant. » Ma galerie, c’était ma plus grande fierté. C’était mon univers. Ma petite planète. Un endroit où j’étais toujours de bonne humeur. Toujours heureuse. C’était comme une petite bulle qui m’entourait et me protégeait. « Et si Effy n’a pas voulu trop en dire, c’est parce qu’elle sait que je suis toujours trop heureuse de raconter l’histoire de ma petite boutique. De ce petit monde d’œuvres d’art. » Je laisse échapper un léger gloussement, les joues rosies de bonheur. « Cette galerie, c’est ma façon à moi de découvrir le monde. J’ai toujours rêvé de voyager, de faire le tour du monde. J’ai toujours rêvé de tout connaître. Mais je ne suis jamais partie, je déplore. » Je me sens un peu triste, juste un peu. « Mais ce n’est pas grave ! Maintenant, j’aurai vos photographies et vos histoires pour voyager, ce sera d’autant plus parfait ! je me réjouis avant de presser son bras. Je veux tout entendre de vos voyages ! » Absolument tout de ce que ses grands yeux clairs me racontent.

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